Comme chaque année, la séquence rétroviseur aboutit à la même évidence : « il y a eu plein de bons disques ». De The Black Keys en passant par Wu Lyf et pourquoi pas en faisant un arrêt au stand Panda Bear pour reprendre une larmichette de The Pains Of Being At Heart, les occasions de dodeliner en rythme n’ont pas manqué en 2011.
Pourtant, le meilleur album de 2011 n’en est pas un puisqu’il s’agit de l’EP inaugural des Alabama Shakes. La plus grosse claque reçue l’année dernière risque donc d’être également celle de l’année en cours dans la mesure où l’on attend leur premier long format aux premiers jours du printemps. Le temps nécessaire pour dompter l’incroyable voix, à mi chemin entre Otis Redding et Janis Joplin, de Brittany Howard ? En tout cas, la meilleure raison d’oublier cette cruche de Lana Del Rey…
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Alabama Shakes – Hold On (mp3)
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Déjà près de 10 ans que The Rapture sévissent avec leur tambouille un peu électro, parfois dicco, pas vraiment pop mais toujours rock. A l’heure du troisième LP, les champions du label DFA mettent enfin un peu d’eau dans leur vin et livrent avec In The Grace Of Your Love un album joliment brouillon. Bizarrement plus accessible que les précédents, il contient notamment « Sail Away ». Véritable pépite placée en ouverture et qui annonce une ambiance générale assez hétéroclite. En témoigne un petit final matiné de free jazz que ne renierait peut-être pas Television. Un morceau parfait pour attaquer la rentrée avec, qui sait, l’espoir déjà nourrit de repartir…
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Il est assez pénible de constater que plus le rock’n roll frappe à nos portes (de la publicité pour la dernière Opel Astra aux télé cochets), plus les artistes estampillés « rock » se comportent comme des patrons de PME. Des Strokes qui gèrent les ego au sein du groupe comme un PEL (intérêts = royalties ?) en passant par ces sempiternelles reformations à la mode Pixies, il ne reste guère que Pete Doherty pour incarner ce cliché de la star ingérable qui ingère à peu près tout ce qui traîne dans le cirque des médias.
Exception peut-être notable à cette décadence du rock en forme de clause de décence exigée : Wu Lyf (pour Lucifer Youth Foundation). Ce groupe de Manchester fait cette semaine la une des Inrocks et ça change, agréablement, de Manu Chao ou du Festival de Cannes. Visiblement connu des services du buzz musical mondial, Wu Lyf est pour moi une découverte totale et ce qu’on peut lire, ici ou là, sur cette bande d’allumés est au moins aussi réjouissant que leur musique est brutale.
Pas de compromis avec l’industrie (contrôle total ou rien), pas de single à fredonner (quelle radio oserait), pas de stratégie pour brosser l’auditeur dans le sens du poil (son cracra de rigueur). Wu Lyf a mis un orgue et une voix déchirante dans une église désaffectée, a secoué le tout jusqu’au point de rupture et gravé l’explosion sonore sur disque. Dit comme ça, on pourrait croire à une énième variation sur le retour de l’esthétique punk et de l’illusion du « fais le toi même ». Sans doute puisque le bandana offert aux premiers auditeurs vaut passeport pour tous leurs concerts à travers le monde… mais cette anecdote serait aussi réductrice que de limiter Godspeed You Black Emperor à une bande de gars qui mettent eux-mêmes leurs disques dans les pochettes.
Au-delà du cri, Wu Lyf semble mu par une idée qui dépasse ses accords : devenir la bande son de l’indépendance et de la jeunesse conquérante. Une ambition magnifique incarnée à la limite du supportable par un site web qui tient davantage du manifeste multimédia que du blog de tournée. L’album s’intitule Go Tell Fire To The Mountain, ses auteurs sont Wu Lyf, ils jouent de la Heavy Pop, seul l’avenir dira la suite de cette aventure au pays de l’insoumission.
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WU LYF L Y F from LUCIFER YOUTH FOUNDATION on Vimeo.