Les télé crochets sont-ils solubles dans la variétoche ? Assurément oui… En France, Jenifer et Monsieur Bichon sont à peu près ce que 10 ans de Star Academy et de Nouvelle Star ont produit (au sens littéral) de plus écoutable dans leurs genres. Pas de quoi se mettre à découvert dans l’épicerie musicale la plus proche. De l’autre côté de l’Atlantique, aux « States » comme on dit sur W9, ils ont tenté cette année le pari un peu dingue de la rencontre tous les publics : The Voice. La composition du jury était assez édifiante :
Tout cela reste évidemment mainstream, mais a permis d’aboutir à quelques jolis moments de musique à la télé, parfaitement léchés et sans aucune fausse note. De la variétoche améliorée à la qualité cérémonie des Oscars en somme. J’y ai surtout découvert l’existence de Florence And The Machine sur la foi d’une reprise hallucinante (au moins sur le plan scénographique) de Dog Days Are Over par l’une des concurrentes (video inside). Ladite Florence dont l’album Lungs date quand même de 2009 (honte sur moi) possède un sacré filet de voix et surtout une manière toute britannique de trousser des atmosphères. Elle a visiblement raflé un paquet de récompenses à travers le monde et probablement vendu des pelletés de 45 tours sur iTunes. La chanson Dog Days Are Over reste cela dit le sommet de son album et constitue ces derniers temps la bande son idéale à l’apparition fugace d’un rayon de soleil.
Listen :
Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
Download :
Florence And The Machine – Dog Days Are Over (mp3)
Watch:
Il est assez pénible de constater que plus le rock’n roll frappe à nos portes (de la publicité pour la dernière Opel Astra aux télé cochets), plus les artistes estampillés « rock » se comportent comme des patrons de PME. Des Strokes qui gèrent les ego au sein du groupe comme un PEL (intérêts = royalties ?) en passant par ces sempiternelles reformations à la mode Pixies, il ne reste guère que Pete Doherty pour incarner ce cliché de la star ingérable qui ingère à peu près tout ce qui traîne dans le cirque des médias.
Exception peut-être notable à cette décadence du rock en forme de clause de décence exigée : Wu Lyf (pour Lucifer Youth Foundation). Ce groupe de Manchester fait cette semaine la une des Inrocks et ça change, agréablement, de Manu Chao ou du Festival de Cannes. Visiblement connu des services du buzz musical mondial, Wu Lyf est pour moi une découverte totale et ce qu’on peut lire, ici ou là, sur cette bande d’allumés est au moins aussi réjouissant que leur musique est brutale.
Pas de compromis avec l’industrie (contrôle total ou rien), pas de single à fredonner (quelle radio oserait), pas de stratégie pour brosser l’auditeur dans le sens du poil (son cracra de rigueur). Wu Lyf a mis un orgue et une voix déchirante dans une église désaffectée, a secoué le tout jusqu’au point de rupture et gravé l’explosion sonore sur disque. Dit comme ça, on pourrait croire à une énième variation sur le retour de l’esthétique punk et de l’illusion du « fais le toi même ». Sans doute puisque le bandana offert aux premiers auditeurs vaut passeport pour tous leurs concerts à travers le monde… mais cette anecdote serait aussi réductrice que de limiter Godspeed You Black Emperor à une bande de gars qui mettent eux-mêmes leurs disques dans les pochettes.
Au-delà du cri, Wu Lyf semble mu par une idée qui dépasse ses accords : devenir la bande son de l’indépendance et de la jeunesse conquérante. Une ambition magnifique incarnée à la limite du supportable par un site web qui tient davantage du manifeste multimédia que du blog de tournée. L’album s’intitule Go Tell Fire To The Mountain, ses auteurs sont Wu Lyf, ils jouent de la Heavy Pop, seul l’avenir dira la suite de cette aventure au pays de l’insoumission.
Listen
Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.
Download
Watch
WU LYF L Y F from LUCIFER YOUTH FOUNDATION on Vimeo.
Tu peux toujours lire ça… D’ailleurs l’auteur, un ancien chevelu hippie qui officiait dans le Grateful Dead, était invité à l’une des tables rondes. Come on let’s twist again ?
Déclaration d’indépendance du cyberespace
Gouvernements du monde industriel, géants fatigués de chair et d’acier, je viens du cyberespace, la nouvelle demeure de l’esprit. Au nom de l’avenir, je vous demande, à vous qui êtes du passé, de nous laisser en paix. Vous n’êtes pas les bienvenus parmi nous. Vous n’avez aucun droit de souveraineté sur le territoire où nous nous rassemblons.
Nous n’avons pas de gouvernement élu et nous ne sommes pas près d’en avoir un, aussi je m’adresse à vous avec la seule autorité que donne la liberté elle-même lorsqu’elle s’exprime. Je déclare que l’espace social global que nous construisons est indépendant, par nature, de la tyrannie que vous cherchez à nous imposer. Vous n’avez pas le droit moral de nous gouverner, pas plus que vous ne disposez de moyens de contrainte que nous ayons de vraies raisons de craindre.
Les gouvernements tirent leur pouvoir légitime du consentement des gouvernés. Vous ne nous l’avez pas demandé et nous ne vous l’avons pas donné. Vous n’avez pas été conviés. Vous ne nous connaissez pas et vous ignorez tout de notre monde. Le cyberespace ne se situe pas à l’intérieur de vos frontières. Ne croyez pas que vous puissiez diriger sa construction, comme s’il s’agissait d’un de vos grands travaux. Vous ne le pouvez pas. C’est un phénomène naturel et il se développe grâce à nos actions collectives.
Vous n’avez pas pris part à notre grand débat fédérateur, et vous n’avez pas créé la richesse de nos marchés. Vous ne connaissez ni notre culture, ni notre éthique, ni les codes non écrits qui font déjà de notre société un monde plus ordonné que celui que vous pourriez obtenir, quelques soient les règles que vous imposeriez.
Vous prétendez qu’il existe chez nous des problèmes et qu’il est nécessaire que vous les régliez. Vous utilisez ce prétexte comme excuse pour envahir notre territoire. Beaucoup de ces problèmes n’existent pas. Lorsque de véritables conflits se produiront, lorsque des erreurs seront effectivement commises, nous les identifierons et nous les traiterons avec nos propres moyens. Nous sommes en train d’établir notre propre contrat social. Nous nous gouvernerons en fonction des conditions de notre monde et non du vôtre. Car notre monde est différent.
Le cyberespace est constitué par des transactions, des relations, et par la pensée elle-même, déployée comme une onde stationnaire dans le réseau de nos communications. Notre monde est à la fois partout et nulle part, mais il n’est pas là où vivent les corps.
Nous sommes en train de créer un monde ouvert à tous, sans privilège ni préjugé qui dépende de la race, du pouvoir économique, de la puissance militaire ou du rang de naissance.
Nous sommes en train de créer un monde où chacun, où qu’il soit, peut exprimer ses convictions, aussi singulières qu’elles puissent être, sans craindre d’être réduit au silence ou contraint de se conformer à une norme.
Vos notions juridiques de propriété, d’expression, d’identité, de mouvement et de circonstance ne s’appliquent pas à nous. Elles sont fondées sur la matière, et il n’y a pas de matière ici.
Nos identités n’ont pas de corps, ainsi, contrairement à vous, nous ne pouvons pas faire règner l’ordre par la contrainte physique. Nous croyons que c’est à travers l’éthique, l’intérêt individuel éclairé et le bien collectif, qu’émergera la conduite de notre communauté. Nos identités sont probablement réparties à travers un grand nombre de vos juridictions. La seule loi que toutes les cultures qui nous constituent s’accordent généralement à reconnaître est la règle d’or de l’éthique. Nous espérons que nous serons capables d’élaborer nos solutions particulières sur cette base. Mais nous ne pouvons pas accepter les solutions que vous vous efforcez d’imposer.
Aux États-Unis, vous venez aujourd’hui de créer une loi, la loi sur la réforme des télécommunications, qui viole votre propre Constitution et insulte les rêves de Jefferson, Washington, Mill, Madison, Tocqueville et Brandeis. C’est à travers nous que ces rêves doivent désormais renaître.
Vous êtes terrifiés par vos propres enfants, car ils sont nés dans un monde où vous serez à jamais immigrants. Parce que vous avez peur d’eux, vous confiez à vos bureaucraties, la responsabilité parentale, que vous êtes trop lâches pour exercer vous-mêmes. Dans notre monde, tous les sentiments et toutes les expressions de l’humanité, des plus vils aux plus angéliques, font partie d’un ensemble inséparable, l’échange global informatique. Nous ne pouvons pas séparer l’air qui suffoque de l’air qui permet de battre des ailes pour voler.
En Chine, en Allemagne, en France, en Russie, à Singapour, en Italie et aux États-Unis, vous essayez de repousser le virus de la liberté en érigeant des postes de garde aux frontières du cyberespace. Peut être qu’ils pourront vous préserver de la contagion quelques temps, mais ils n’auront aucune efficacité dans un monde qui sera bientôt couvert de médias informatiques.
Vos industries de l’information toujours plus obsolètes, voudraient se perpétuer en proposant des lois, en Amérique et ailleurs, qui ont la prétention de confisquer à leur profit jusqu’à la parole elle-même à travers le monde. Ces lois cherchent à transformer les idées en un produit industriel quelconque, sans plus de noblesse qu’un morceau de fonte. Dans notre monde, tout ce que l’esprit humain est capable de créer peut être reproduit et diffusé à l’infini sans que cela ne coûte rien. La transmission globale de la pensée n’a plus besoin de vos usines pour s’accomplir.
Ces mesures toujours plus hostiles et colonialistes nous mettent dans une situation identique à celle qu’ont connue autrefois les amoureux de la liberté et de l’autodétermination, qui ont dû rejeter l’autorité de pouvoirs distants et mal informés. Il nous faut déclarer que nos identités virtuelles ne sont pas soumises à votre souveraineté, quand bien même nous continuons à tolérer votre domination sur nos corps. Nous allons nous répandre sur toute la planète, afin que personne ne puisse arrêter nos idées.
Nous allons créer une civilisation de l’esprit dans le cyberespace. Puisse-t-elle être plus humaine et plus juste que le monde que vos gouvernements ont créer auparavent.
Davos (Suisse), le 8 février 1996.
John Perry Barlow, dissident cognitif,
co-fondateur de l’Electronic Frontier Foundation.
Tiens Monsieur Leroux a tilté aussi chez OWNI